La « famille » radicale en route pour la réunification

Le Monde - 1 août 2017

Divisés depuis 1972, les radicaux de gauche et les valoisiens veulent s'unir pour sortir de la culture de la « minorité »

Pendant que les deux grands partis traditionnels s'essoufflent (PS et LR), le plus vieux ressuscite. Fondé en  1901, le Parti radical s'était scindé en deux en  1972. Les uns créaient le Mouvement radical de gauche, futur Parti radical de gauche (PRG) pour signer le programme commun avec le PS et le PCF et soutenir la candidature de François Mitterrand. Les autres s'y refusaient. Près d'un demi-siècle plus tard, les deux familles entament un processus de réunification, profitant de l'élection d'Emmanuel Macron et de la recomposition du paysage politique. « Cette nouvelle formation sera ouverte à tous les sociaux-démocrates et restera indépendante des Républicains et d'En marche ! », précise Guillaume Lacroix, vice-président du PRG.

Depuis 1972, le PRG (centre gauche) et le Parti radical dit « valoisien » (PRV, centre droit) – nom donné en référence au siège historique du parti, situé place de Valois, à Paris – ont été relégués au second plan. Le premier s'est toujours allié au PS tandis que le second est devenu membre de l'UDF, puis de l'UDI. Malgré la scission, les deux partis ont toujours discuté, essayant même de fusionner en  2007 sous l'im-pulsion de leurs présidents, Jean-Michel Baylet (PRG) et Jean-Louis Borloo (PRV). « Nous avons le même ADN, les mêmes valeurs républicaines, laïques, progressistes, pro-européennes. Il est donc naturel de se retrouver aujourd'hui », se réjouit Nathalie Delattre, secrétaire générale du Parti radical valoisien.


« Ne plus être “l'allié de” »
Une initiative chaudement accueillie par Christophe Madrolle, secrétaire général de l'Union des démocrates et des écologistes (UDE), un parti centriste fondé en  2015 et composé d'anciens membres du MoDem et d'Europe Ecologie-Les Verts : « Il y a l'espace pour créer une grande formation sociale-démocrate dans le paysage politique. Ces divisions au sein de notre courant doivent cesser. »

Ce proche de Jean-Luc Bennahmias a d'ailleurs fait savoir que son mouvement participera à l'université d'été commune du PRV et du PRG organisée les 16 et 17  septembre. Un rassemblement qui devra permettre aux radicaux de trouver un compromis sur les sujets qui les divisent encore, à savoir l'ouverture de la procréation médicalement assistée à toutes, le droit à l'adoption pour les couples homosexuels et la légalisation du cannabis, soutenus par le PRG mais qui suscitent davantage de réserves chez leurs cousins valoisiens.

Viendra ensuite le moment de la fusion prévue pour le 9 décembre, date anniversaire de la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l'Etat.

Le futur Parti radical se positionnera au centre de l'échiquier politique, avec « la volonté de rassembler tous les progressistes et d'adopter une attitude positive vis-à-vis du gouvernement », explique Laurent Hénart, président du PRV. Dans ce cas, pourquoi ne pas directement prendre part au mouvement fondé par Emmanuel -Macron ? « Nous sommes proches de son projet présidentiel mais sa plate-forme idéologique n'est pas encore aboutie. La nôtre est historique et claire », répond Guillaume Lacroix. Car l'un des enjeux de cette réunification, c'est bien le changement de posture : « Nous voulons sortir de la culture de la minorité et ne plus seulement être “l'allié de”. Cela ne veut pas dire que nous ne ferons plus d'alliance mais nous sommes convaincus que nous pouvons proposer une offre politique nouvelle. »

Pour s'affranchir, la première étape sera de former un groupe parlementaire commun au Sénat. Actuellement, les huit radicaux valoisiens siègent avec l'UDI tandis que le PRG dispose de son propre groupe ouvert à d'autres mouvements. Après les sénatoriales du 24  septembre, tous se retrouveront sous une même bannière. Pour le vice-président du PRG, un tel rassemblement est aussi envisageable à l'Assemblée nationale : « En additionnant nos députés non inscrits, les apparentés et ceux qui siègent avec La République en marche, nous pouvons former un groupe. »

De son côté, l'UDI semble être la grande perdante de cette réunification car elle perd l'un de ses membres fondateurs. Mais son président Jean-Christophe Lagarde a déjà affirmé être prêt à créer un nouveau parti ouvert aux « constructifs » du parti Les Républicains et aux membres de l'UDI. Un possible futur concurrent pour le Parti radical, à moins qu'il ne devienne un allié.

 

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