Le "macronisme" n'est pas le centrisme!

Le, 1er septembre 2017

L’élection présidentielle a bouleversé les équilibres politiques.
 
Il était temps !
 
Les premières victimes de ce vaste chamboulement sont les partis politiques.
 
Depuis plusieurs décennies, ils étaient en crise.
 
La fonction d’un parti politique est triple : produire des idées et structurer un projet, faire émerger en son sein un leadership, rassembler des citoyens autour de valeurs et de convictions communes. Le moins que l’on puisse dire est que les partis politiques français ne remplissent plus cette mission.
 
Des idées ? Il y a belle lurette qu’elles ne naissent plus dans le cadre partisan.
Le leadership ? Ils n’ont jamais été aussi divisés et le processus des primaires est le témoin de cette incapacité à produire des leaders incontestables ou au moins légitimes.
Le rassemblement ? Les structures partisanes sont exsangues et ne rassemblent plus que des élus. Les partis sont désertés par les militants qui n’y reçoivent ni formation, ni considération.
 
Suivant des chemins au parallélisme troublant, tous les partis se sont transformés en structures claniques diffusant un dogmatisme vertical, du chef vers la base. Hors de la ligne, point de salut pour le militant de terrain dont seul un nombre infime résiste encore à ce traitement.
En réalité, les partis politiques sont réduits à l’état de syndicats de moyens pour les élus qui n’y demeurent que contraints par le système des investitures.
 
Les partis « old fashion » sont morts. Dont acte.
Tenter de les ressusciter à l’identique serait peine perdue et surtout constituerait une terrible erreur au regard des exigences démocratiques.
Il faut inventer une nouvelle génération de rassemblements citoyens.
 
C’est un impératif car notre système politique a besoin d’espace de débat, de réflexion et de participation populaire pour alimenter la controverse démocratique.
En effet si les partis sont obsolètes, les grands courants de pensée qui ont irrigué la vie politique depuis plus de deux siècles continuent d’exister. Si les partis ont failli, les valeurs qu’ils sont censés faire vivre demeurent et continuent de structurer l’opinion.
Dès lors, nous centristes devons réfléchir à l’avenir.
 
En Marche, dont on voit déjà les limites, est un agglomérat d’intentions et de motivations hétéroclites. C’est bien davantage un regroupement fondé sur la rébellion contre l’ordre ancien qu’une force politique fondée sur un corpus idéologique apte à imaginer l’avenir.
 
La droite est sans dessus dessous. Elle se refuse, comme à son habitude, à toute autocritique et se refuse surtout à faire l’analyse des conséquences du choix d’un candidat désastreux à la présidentielle. Elle vit dans l’illusion que son candidat seul a été sanctionné alors même que candidat et projet ont été condamnés par une majorité de français.
 
La gauche est éparpillée entre un PS « canal historique » gravement déconsidéré et une fraction extrême constituée selon le mot de François Mitterrand de « faux révolutionnaires mais de vrais petits bourgeois ».
Le mouvement écologiste est évanescent et sans force autonome.
 
Le FN longtemps coalisé autour de slogans simplistes est en crise et menacé d’implosion.
 
Et le Centre ?
Dramatiquement absent de la séquence présidentielle, sans leadership clair, déchiré par les inimitiés et surtout prisonnier d’alliances souvent contre nature avec une droite en proie à la radicalisation, le Centre est moribond. Le projet lancé par Jean-Louis Borloo et qui avait suscité tant d’espoirs dans nos rangs n’a pas surmonté l’épreuve de la présidentielle.
Pour des raisons électorales, le Centre s’allie quand il conviendrait de renforcer son autonomie, il fait profession de prudence quand il faudrait de l’audace, il murmure quand il s’imposerait de parler haut et fort.
 
L’UDI a certes permis à des centristes de sauver leur siège et le choix de la constitution d’un groupe avec la droite modérée au parlement est peut-être la moins mauvaise décision. Mais elle ne garantit en rien l’avenir.
Alors, dans ce paysage d’après séisme, une lueur d’espoir est apparue : la perspective de réunification des radicaux dits de gauche et de droite. Elle est fondée sur un corpus commun et peut donner naissance à un projet novateur et prometteur.
 
Le « macronisme » pour peu que cela existe n’est pas le centrisme. Il conviendra naturellement de soutenir tout ce qui libère l’initiative et redonne sur le plan extérieur son autorité au pays. Mais soutien ne peut signifier abdication, ni absorption.
 
Le modernisme, la volonté de faire le bonheur de la France qui va déjà bien en oubliant trop souvent celle qui va mal, quelques concessions au populisme bon teint et un mépris à peine déguisé à l’endroit des élus locaux trouveront vite leur limite.
 
A l’inverse, le Centre peut à nouveau exister s’il sort des schémas traditionnels, s’il invente une nouvelle forme de rassemblement partisans qui s’appuie d’abord sur les citoyens et surtout sur les élus de terrain qui ne seront désormais plus présents au Parlement. Et il est impératif de s'appuyer au premier chef sur les nouveaux élus locaux, la "génération 2014" de loin la mieux à même à incarner les attentes de nos concitoyens. J'attends de nos instances dirigeantes des choix courageux et novateurs pour confier les rênes à des femmes et des hommes portés par une conception moderne de la politique, s'appuyant sur les multiples initiatives locales qui sont autant de laboratoires pour écrire les succès de demain.
 
C’est la raison pour laquelle, j’appelle à la tenue d’états généraux du Centre avec pour agenda:
 
la constitution d’une ligne politique autonome,
l'installation de nouveaux élus de la "génération 2014" dans nos instances dirigeantes 
la définition des conditions d'un réel échange entre parlementaires et élus locaux. Sans cela l'interdiction du cumul des mandats aboutira à une caste d'élus hors sol.
Ces états généraux devront être préparés par une vaste consultation des élus de terrain et de tous les citoyens qui se reconnaissent dans nos valeurs qui, j’en suis convaincu, sont celles de demain.
 
Agissons enfin pour bâtir un parti du Centre autonome, audacieux et volontaire !
 
Pascal BLANC
Maire de Bourges
Président de la Communauté d’Agglomération Bourges Plus
Secrétaire national du Parti Radical

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