Revue de presse
A Marseille, Borloo veut "sortir le logement du bordel", la Provence, 4 décembre 2011 PDF Imprimer

Ce thème a été celui de la 1e convention nationale organisée au Parc Chanot par le parti de l'ancien ministre.

Il faut sortir du bordel". Jean-Louis Borloo, le président du parti Radical, veut remettre de l'ordre sur le marché du logement. Et surtout, faire en sorte qu'on cesse d'opposer le logement dit social au secteur privé. Il l'a dit hier à l'occasion de la première convention nationale tenue par son parti en présence de professionnels. Elle a eu pour cadre le Palais des Arts du Parc Chanot à Marseille et avait choisi pour thème : le logement est-il un marché comme les autres ?

A priori la réponse serait oui. Sauf que la demande excède l'offre au point que la pénurie règne, que les prix ont flambé, que les loyers se sont envolés, que le foncier est rare et que la France de propriétaires est peut-être moins évidente à concrétiser qu'à décréter. Les jeunes ont en effet de plus en plus de mal à se loger, tandis que les anciens redoutent une paupérisation. "La maison, c'est ce que dessine en premier un enfant avec papa et maman. La France ne devrait pas connaître une crise du logement, or depuis 30 ans on ne se sort pas de la course décohabitation-démographie", juge l'ancien ministre qui a eu sous sa tutelle le logement. Il explique donc qu'il faut construire de façon massive et que pour cela,il est nécessaire de s'en donner les moyens. "Le manque de foncier l'empêche? On a besoin d'effectuer un travail préalable. On a abandonné le zonage. Il faut aussi sortir de cette société conflictuelle et aménager. Pour cela, il faut des opérations d'urbanisme exorbitantes du droit commun et une unité de commandement, de pilotage. Il faut une agence nationale foncière et une autre pour les HLM qui soit capable d'énoncer un objectif et de le tenir. C'est un enjeu majeur".

C'est clair, ainsi que le dit Arlette Fructus, secrétaire générale adjointe du parti Radical, conseillère régionale Paca et adjointe au maire de Marseille, "les Radicaux qui tous les jours sont sur le terrain confrontés à la réalité du logement, ont une légitimité à en parler. Il faut un choix fort et ce choix n'est pas forcément celui d'une France de propriétaires".

La nuance signifie que pour les Radicaux, action publique et action privée doivent marcher de concert et non plus selon des positions dogmatiques qui ont trop longtemps prévalu en donnant lieu à des querelles sans fin. "Il faut se donner les moyens d'une offre massive, rapidement. Il faut qu'elle soit modulée selon les zones et les tensions. Le HLM doit se mettre en ordre de combat", martèle Jean-Louis Borloo. Juste avant de quitter la convention, le président des Radicaux confiera être également ouvert "à une remise à plat de la fiscalité qui devra soutenir le neuf".

Des propos reçus plutôt favorablement par les professionnels du secteur. Lesquels n'en peuvent plus de se heurter tantôt au manque de terrains, tantôt aux recours abusifs qui font perdre du temps et tantôt même, à une fiscalité si dense et si changeante, "que plus personne ne sait véritablement quelle porte ouvrir", résumait hier Jean-Luc Lieutaud, le président de l'observatoire immobilier de Provence.

Reste que pour l'immédiat, la fin du dispositif Scellier en faveur de l'investissement locatif programmée pour 2012, le poids de la crise qui pèse sur la confiance des ménages, tout cela fait redouter un effondrement du marché.

 
Jean-Louis Borloo : « Il faut abolir les traités actuels, pour refonder un pacte européen »,La Voix du Nord, 4 décembre 2011 PDF Imprimer

Deux mois après avoir fait acte de non-candidature, Jean-Louis Borloo expose ses idées pour 2012 dans son livre, « Libre et engagé » (éd. Plon).

- Qu'avez-vous pensé du discours de Toulon ?

« Il faut vraiment revenir au projet des pères fondateurs de l'Europe : une Europe politique, centrée sur quelques grandes missions et sur des grands projets structurants (l'industrie, l'agriculture, la croissance verte, les infrastructures, la cohésion sociale, la recherche, les mers et océans...).

Malheureusement, le projet européen, qui était culturel et politique, est devenu un projet financier tourné vers les marchés, avec le dogme du consommateur.

Que la direction de la concurrence soit aujourd'hui la plus influente, c'est incompréhensible. Plutôt que modifier les traités actuels, il faut les abolir pour refonder un pacte européen. Cette Europe-là des grands projets sera financée de manière innovante : une taxe sur les transactions financières, une fiscalité sur les carburants embarqués dans les soutes des bateaux et une taxe carbone aux frontières de l'Europe. Ce ne seront donc ni les citoyens, ni les États qui financeront les politiques européennes. Cela réduira d'autant le déficit français. Alors, quand j'entends cette prise de conscience sur la nécessité de nouveaux traités, je suis forcément content. »

- Aviez-vous déjà à l'époque cette analyse ?

« Pendant neuf ans, lorsque j'étais ministre, j'ai siégé aux différents Conseils européens : conseils de l'énergie, climat-environnement, à l'économie-finances Je suis probablement celui qui, par mes fonctions, a participé au plus de conseils européens. La machine n'était déjà pas supportable. Prenez les OGM et le Monsanto 810. La doctrine du libre commerce vous interdit d'interdire un produit s'il n'y a pas un danger grave et imminent. L'expertise est produite, non par l'agence européenne, mais par Monsanto. La France a fait jouer sa clause de sauvegarde, décision annulée par la Cour de Justice. Pourtant le Conseil européen, en novembre 2009, avait demandé à la Commission de revoir la procédure pour que le critère environnemental soit pris en compte avant le critère commercial. Personne n'a jamais répondu. Je ne veux pas charger l'Europe. Je suis un européen convaincu. Pour autant, l'Europe a été trop libérale. Il faut maintenant constater les nouvelles réalités et construire une Europe démocratique d'une recherche commune et de grands projets industriels. »

- Vous semblez rejoindre Nicolas Sarkozy dans le constat, mais vous en éloigner dans le détail du remède.

« Je ne me positionne pas par rapport à cela. La vie des peuples et des organisations avance. Tout bouge, les réalités sociales, démographiques, ethniques, la technologie... Mais au fond, on continue à garder les mêmes systèmes sans se poser afin de réfléchir à, d'une part, où on en est, d'autre part, comment on peut faire autrement. Je constate que les grands atouts de la France, qu'étaient l'industrie, l'agriculture, l'école ou bien encore les comptes publics (l'Allemagne connaissait plus de déficits que nous il y a cinq ans) sont en proie à de profondes difficultés. Depuis 30 ans, j'ai analysé les causes dans le détail. Tout le débat public se résume à : « que fait l'Etat ? » L'Etat est certes un gros employeur mais il est au fond un acteur parmi d'autres. Il y aussi les collectivités locales, les grands établissements publics, comme la SNCF ou bien encore les partenaires sociaux. La France se raconte tous les cinq ans une grande élection, mais tous les acteurs ne sont pas dans cette élection. Nous avons besoin, pour résoudre les problèmes, d'une cabine de pilotage unique, où tout le monde est là dans sa légitimité. »

- Les six ruptures prônées dans votre livre sont une seule et même rupture, celle de la méthode.

« Prenons la formation professionnelle. Il y a à la fois les CFA, les lycées professionnels, la Région, les chambres consulaires, les collecteurs de la taxe d'apprentissage, les branches professionnelles, l'Etat Si l'ensemble des acteurs ne se met pas autour de la table pour bâtir ensemble le projet national des qualifications, il n'y a aucune chance de former les 150 000 jeunes qui sortent chaque année sans qualification. C'est pareil pour le logement et pour tout. Pour l'Europe aussi. Reposons-nous la question de nos objectifs communs. Aujourd'hui, au lieu de prétendre que la liberté du commerce fera les emplois de demain, inscrivons dans nos objectifs la régulation financière. »

- Vous répétez que vous ne vous positionnez pas en fonction de tel ou tel candidat. En sortant un livre à cinq mois de la présidentielle, on vous demandera de choisir.

« Je soutiens mes idées. »

- Vous semblez rejoindre Nicolas Sarkozy dans le constat, mais vous en éloigner dans le détail du remède.

« Je ne me positionne pas par rapport à cela. La vie des peuples et des organisations avance. Tout bouge, les réalités sociales, démographiques, ethniques, la technologie... Mais au fond, on continue à garder les mêmes systèmes sans se poser afin de réfléchir à, d'une part, où on en est, d'autre part, comment on peut faire autrement. Je constate que les grands atouts de la France, qu'étaient l'industrie, l'agriculture, l'école ou bien encore les comptes publics (l'Allemagne connaissait plus de déficits que nous il y a cinq ans) sont en proie à de profondes difficultés. Depuis trente ans, j'ai analysé les causes dans le détail. Tout le débat public se résume à : "Que fait l'État ?" L'État est certes un gros employeur mais il est au fond un acteur parmi d'autres.

Il y a aussi les collectivités locales, les grands établissements publics, comme la SNCF ou bien encore les partenaires sociaux. La France se raconte tous les cinq ans une grande élection, mais tous les acteurs ne sont pas dans cette élection. Nous avons besoin, pour résoudre les problèmes, d'une cabine de pilotage unique, où tout le monde est là dans sa légitimité. »

- Est-ce possible de soutenir des idées sans soutenir un candidat ?

« Il faut voir ce que chacun propose. Je mets sur la table un certain nombre de propositions dont on ne peut pas dire qu'elles sont de droite ou de gauche. Tous ceux de bonne foi peuvent s'y retrouver. Je ne cherche pas une fonction. J'ai fait une analyse des difficultés françaises. Je pense avoir la méthode et les bonnes solutions. Bien sûr, j'ai plutôt une tendance naturelle de centre droit, mais je n'apporterai pas mon soutien si le programme ne me convient pas. »

- Pourriez-vous soutenir François Hollande ?

« Je ne suis pas un anti-gauche. Mais si par extraordinaire, j'étais amené à le faire, ce serait sans être dans un gouvernement. Les gens ne comprendraient pas et penseraient que j'ai d'abord défendu cette position pour moi. Je suis très libre. Je préférerais persuader d'abord le centre, la droite républicaine, la droite sociale. »

- Pour continuer dans la logique d'élimination, il y a peu de chance que vous souteniez Hervé Morin...

« Ce n'est pas que je ne veux pas le soutenir. Mais d'abord sur quelles idées ? Ensuite, la France a besoin d'un président très opérationnel. Il faut à la fois être président et avoir une majorité présidentielle. Ce serait donc un soutien inutile. »

- Quand révélerez-vous votre choix ?

« On va en débattre. Il y a une convention du Parti radical fin janvier. On verra tout ça en février. »

- Où vous voyez-vous en 2012 ?

« C'est terriblement prétentieux, mais je suis convaincu que j'ai la bonne méthode : on a un problème, on met toutes les forces vives autour de la table. Ça continue à me passionner. Est-ce que ça veut dire que je veux avoir un poste dans un gouvernement ? Probablement pas. Mais on va inventer des missions. On peut très bien avoir un personnage qui organise le Grenelle des filières industrielles ou un Vendôme de la Justice ça peut très bien être une action publique, mais pas forcément un engagement politique. En tout cas, sachez que je resterai un serviteur du Nord et du Valenciennois ! »

 
Borloo : "Les candidatures de témoignage ne servent à rien", La Provence, 3 décembre 2011 PDF Imprimer

Il sort un livre, reprend ses visites sur le terrain. Deux mois après avoir jeté l'éponge dans la course à la présidentielle, malgré les déçus et les orphelins, Jean-Louis Borloo, le président du Parti radical, est plus que jamais convaincu d'avoir fait le bon choix. Déroulant le refrain facile de mieux vaut peser par les idées que par le nombre de voix... Et tirant en creux sur Hervé Morin et François Bayrou. Celui qui prône de faire baisser le coût du logement de 20% en cinq ans sera, aujourd'hui à Marseille pour parler de ce sujet. Et défendre d'autres théories.

- Deux mois après avoir renoncé à être candidat en 2012, le regrettez-vous ?
Jean-Louis Borloo : Je n'ai pas renoncé, j'ai décidé, car nous vivons une crise d'une extrême gravité. Dans ces conditions, la présidentielle se jouera entre le candidat socialiste, le président en exercice et le Front national en embuscade. Les autres candidats ne peuvent gagner. Or dans la Ve République, ne pèse que celui qui gagne ou son équipe. Les candidatures de témoignage ne servent à rien. C'est un effet d'optique de croire que l'on pèse lorsque l'on fait évaluer ses idées en fonction du suffrage universel. Cela n'a jamais été vrai.

- Vous laissez des orphelins et des déçus !
J.-L.B. : Ce n'était pas en étant un candidat de plus dans un centre fractionné que l'on pouvait gagner. Il vaut mieux être dans la situation d'un homme dont on regrette la décision responsable que dans celle d'un homme dont la décision d'y aller est en permanence critiquée par ses propres amis. J'ai eu, je crois, raison un peu tôt.

- Vous pensez à Hervé Morin, le président du Nouveau Centre qui s'est déclaré la semaine dernière ?
J.-L.B. : Je connais beaucoup de candidats dans ce cas...

- Que pensez-vous de sa candidature ?
J.-L.B. : Moi, j'ai fait le choix inverse.

- Justement, comment pouvez-vous encore être entendu ?
J.-L.B. : Vous portez mieux vos idées lorsque vous n'êtes pas candidat. Un candidat est obligé de se démarquer, de se caricaturer, d'user de formats courts et slogans trop rapides alors les idées disparaissent. Moi, je ne suis pas dans l'automaticité avec les éléments de langage d'un camp ou d'un autre. Je suis un homme libre, engagé et... parfaitement détendu.

- Vous publiez un livre en forme de programme. À qui est-il destiné, à Nicolas Sarkozy ?
J.-L.B. : Je veux peser sur le débat en faisant des propositions pour sortir de la crise. Dans mon livre, je donne des pistes pour tout le monde. C'est un livre du "comment on fait" et pas du "qu'est-ce qu'il faut faire ?".

- En écoutant le président-candidat à Toulon jeudi soir, on a le sentiment qu'il reprend votre conception de l'Europe. Y aurait-il rapprochement ?
J.-L.B. : Les choses s'imposent. J'ai toujours été convaincu qu'il faut changer fondamentalement l'Europe, changer les traités, avoir un financement autonome... Ce n'est pas une modification à la marque qu'il faut faire. Si vous avez le sentiment que Nicolas Sarkozy reprend dans ce domaine certaines de mes idées, tant mieux, mais il y a d'autres sujets sur lesquels on ne se rapproche pas ! Je pense au droit de vote des étrangers non communautaires aux élections locales après 10 ans, pour lequel je suis favorable.

- Qui soutiendrez-vous pour la présidentielle ?
J.-L.B. : Je soutiendrai des idées sociales et humanistes. Je n'ai à cette heure-ci aucune certitude sur tel ou tel, sur la tonalité que les uns ou les autres vont donner, les mesures qu'ils promettent de prendre...

- Avez-vous le droit de vous abstenir ?
J.-L.B. : Pourquoi pas ? J'ai bien refusé le poste de ministre des Affaires étrangères ! J'ai été neuf ans ministre, j'ai mouillé le maillot... Je ne cherche pas un job. Quelqu'un qui veut être ministre ou autre chose, il est bien obligé de choisir une écurie. Je ne suis pas dans cette situation.

- La présidentielle va pourtant se jouer au centre !
J.-L.B. : Il n'y a pas de victoire sans l'électorat du centre mais le centre ne peut pas, seul, gagner une élection. La façon dont François Hollande ou Nicolas Sarkozy va réussir, ou pas, à incarner cette sensibilité sera décisive pour la présidentielle. Ça ne se fera pas par un candidat qui se rallie entre les deux tours après avoir dit, lors du premier tour, tout le mal qu'il pensait de ses compétiteurs.

- Que faites-vous de François Bayrou, candidat du MoDem ?
J.-L.B. : Le lendemain de l'élection présidentielle, le 3e , 4e ou 5e n'a jamais pesé : Barre, Balladur, Bayrou... et encore plus sans majorité parlementaire ! En revanche, de manière publique et avant l'élection, vous pesez plus.

 
Jean-Louis Borloo: "Je crains d'avoir eu raison trop tôt...", Nice Matin, 30 novembre 2011 PDF Imprimer

L’ex-futur candidat du Parti radical et ancien ministre est en campagne pour défendre ses idées.Il attend de Nicolas Sarkozy qu’il montre, jeudi à Toulon, la voie vers la sortie de crise

Ancien ministre de l'Economie, puis de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo déposera aujourd'hui une proposition de loi sur les déficits « avec trois mesures fiscales immédiates qui ne touchent ni les ménages ni les systèmes sociaux et pas plus l'économie réelle », précise l'ex-futur candidat du Parti Radical dont le livre-programme Libre et engagé (Ed. Plon) paraît demain.

La France était-elle en capacité de contenir la hausse du chômage ?
J'ai été ministre de l'Emploi de 2005 à 2007 et malgré une faible croissance, nous étions parvenus à réduire le taux de chômage de 10,2% à 7,7%, grâce notamment à un programme de relance du bâtiment. On avait également développé l'apprentissage, mais surtout amélioré considérablement l'accueil des demandeurs d'emploi. La réforme de Pôle Emploi a peut-être un peu perturbé tout ça.

Que feriez-vous si vous étiez à Matignon ?
Il y a trois secteurs sur lesquels on peut agir rapidement. D'abord, le logement, car les besoins sont réels. Ensuite, les services à la personne qui sont un levier considérable pour l'emploi: il ne s'agit pas d'accorder des avantages fiscaux aux personnes aisées, comme beaucoup le pensent aujourd'hui, mais de favoriser de vrais métiers, de qualité et non délocalisables. Enfin, la croissance verte avec, en particulier, la rénovation thermique de tous les bâtiments publics ou des 600 000 logements vendus chaque année. C'est un vivier massif pour l'emploi.

Qu'attendez-vous du discours de Sarkozy jeudi à Toulon ?
Qu'il fasse le point exact de la situation telle qu'il l'appréhende, car les Français ont besoin d'y voir clair. Ensuite, pour l'immédiat, comment il voit la sortie de crise, quelle est la perspective de relance notamment en France et comment il envisage la nouvelle architecture européenne. Le 18 juillet dernier, j'avais adressé au Président une lettre sur la crise qui m'avait valu d'être considéré comme un peu pessimiste à l'époque. Je crains d'avoir eu raison trop tôt. Mais je n'incrimine pas le Président car la situation est très difficile dans tous les pays européens.

Pensez-vous Sarkozy capable de porter l'idée d'une union nationale ?
Ce sont les circonstances qui le diront. Ce qui est propre au Président actuel, c'est le circuit court de décision qui permet souvent d'aller plus vite mais qui rend plus compliqué de fédérer tous les acteurs. Pour autant, je ne pense pas que ce soit un problème de personne. Je ne crois pas non plus à une union nationale politicarde bricolée.

Vous sentez-vous toujours compatible avec Sarkozy ?
Je ne cherche pas un poste. J'essaie seulement de communiquer ma vision des choses, de manière libre, tout en cherchant à être utile à mon pays. Bien évidemment que ma famille naturelle est le centre droit, mais que mes idées servent à un camp ou à un autre, au fond, ce n'est pas ce qui m'importe. Ce qui m'importe aujourd'hui, c'est « comment on sort de la crise ».

Pourriez-vous être ministre de Hollande ?
Quand on a fait partie d'une autre équipe gouvernementale pendant neuf ans, ça paraît un peu difficile !

Comprenez-vous les exigences des écologistes pour sortir du nucléaire ?
De 2007 à 2010, avec le Grenelle, les Français ont pris conscience des enjeux écologiques, ils ont appris à aimer l'environnement. Nous étions, en effet, parvenus à fédérer positivement autour de l'écologie. Malheureusement aujourd'hui, j'ai le sentiment que les choses s'inversent, que l'écologie est désormais vécue comme une contrainte. Cela me navre. Nous sommes en train de reculer.

La vive réaction de l'UMP ne dévalorise-t-elle pas le Grenelle ?
C'est très étrange car jamais aucun gouvernement, aucune majorité en Europe n'ont fait autant et aussi vite pour l'environnement. Les excès d'un côté entraînent des excès de l'autre et les deux protagonistes risquent de tomber dans la caricature.

Ne regrettez-vous pas de ne pas être candidat ?
La présidentielle se jouera entre Sarkozy, Hollande et Marine Le Pen. Je me suis dit que si je voulais faire passer mes idées et peser sur le débat, ce n'était pas en étant un candidat de plus dans une petite bataille du centre. Mes idées sont mes armes. Aujourd'hui, les Français ont besoin d'un candidat appuyé par une force politique en cohérence avec lui. Je n'étais pas dans cette situation-là. Je ne le regrette en aucun cas.

Qui soutiendrez-vous ?
Tout dépendra des attitudes, du projet, du regard et de la méthode. On a besoin d'un pilotage au plus près du terrain. Mais je peux aussi ne rien dire...

 
Borloo fait taire les rumeurs, le JDD, 27 novembre 2011 PDF Imprimer

Deux mois après avoir renoncé à la présidentielle, le président du Parti radical se confie sur son forfait et livre son plan pour peser sur 2012

Ses amis le murmuraient : Jean-Louis Borloo n’allait pas bien. À Paris, il y a deux jours à peine, l’un de ses visiteurs confiait même à son sujet d’un ton désolé : « C’est compliqué d’avoir rêvé et d’avoir fait rêver des gens. » Quand un autre assurait qu’il ne donnait plus de nouvelles « qu’en morse » . Dans l’avion qui le conduit à Perpignan, vendredi dernier, à la veille d’un de ces come- back dont est il est coutumier, l’intéressé, visiblement en pleine forme, proteste : « Non, c’est en juillet et août que je n’allais pas bien. Parce que je m’étais rendu compte de la gravité de la crise et qu’il fallait que je prenne ma décision. » Elle fut brutale. Mais cette course avortée vers l’élysée est déjà oubliée.

Ses soutiens – Rama Yade, Laurent Hénart, Dominique Paillé – sont toujours sous le choc. L’ancien ministre de l’écologie a, lui, tourné la page, concentré sur l’écriture d’un autre chapitre de son imprévisible vie politique. Nouvelle séquence qui entraînera ce soir le non- candidat sur le plateau de France 2 pour évoquer son livre, Libre et Engagé ( Plon), qui sort jeudi prochain et dont les bonnes feuilles ont été publiées par le Figaro Magazine hier matin. Il a ensuite donné rendez-vous à sa « bande » à l’hôtel Marriott Rive Gauche, à Paris, le 9 décembre pour la deuxième édition de son « dîner de la République » .

Et après ? Debout dans l’allée centrale, le front calé contre un coffre à bagages, le regard vers le hublot, il joue les oracles : « L’élection peut se jouer à 2 %. » Voilà donc le nouveau plan Borloo: incarner, via ses idées, ce petit pourcentage qui pourrait faire une grande différence à l’arrivée pour Nicolas Sarkozy. Celui qui incarnait 7 à 9 % des intentions de vote au premier tour, autant que François Bayrou, veut devenir ce « Monsieur 2 % » , dont, pense- t- il les propositions, endossées par l’actuel président de la République, permettraient à ce dernier de prolonger de cinq ans son bail à l’Elysée.

« Pas de blanc- seing à Nicolas Sarkozy »

Devant les élus radicaux, qu’il recevait mercredi à l’occasion du congrès des maires, le député du Nord a détaillé sa stratégie. « Quoi que vous puissiez entendre, je ne donnerai pas de blanc- seing à Nicolas Sarkozy. C’est certes notre allié naturel, mais nous allons avancer une dizaine de propositions clivantes. Et c’est là- dessus que l’on va se battre. » Il est persuadé que, malgré tout, il pèsera, comme le lui confirment les petites phrases qui reviennent à ses oreilles, telle celle lâchée récemment par Alain Juppé, qui parlait de lui comme d’une « carte à ne pas gâcher » . L’ancien maire de Valenciennes revendique un statut à part : « Il y a assez peu de gens qui sans être des intellos ou des journalistes ont la liberté de dire ce qu’ils pensent de l’état actuel de la France » , assure- t- il.

« Je n’allais pas jouer les belles d’un soir »

À Perpignan, Jean- Paul Alduy, élu radical, qui a payé cher son étiquette borlooiste aux dernières sénatoriales voit un autre exemple : « Nicolas Hulot en 2007. » Dans son livre, Borloo reprend d’ailleurs son costume d’artisan du Grenelle de l’environnement, allant très loin sur les questions écologiques, pourtant pas franchement en odeur de sainteté à droite. « Il ne faut pas laisser les Français se fâcher avec l’écologie, explique- t- il au JDD. Eva Joly est en train de rendre le nucléaire sympathique. » Borloo se positionne aussi sur la fiscalité en proposant la création d’une nouvelle tranche de l’impôt sur le revenu. Une boîte à idées dans laquelle la droite qu’il considère « sans imagination » va s’empresser de piocher, pense- t- il.

Si Borloo est « sûr d’avoir pris il y a deux mois la bonne décision pour le pays » , il admet avoir « sous-estimé » la déception de ceux qui avaient cru en lui. Devant des radicaux perpignanais, il a répété vendredi les raisons déjà exposées sur TF1 le soir de son renoncement: la situation économique et la montée de Marine Le Pen. Il s’est même dit « persuadé depuis fin août- début septembre que la France perdra son triple A et que le président pompier va forcement progresser parce que la crise est son art particulier » . Il poursuit : « Nous sommes dans une élection ou seul celui qui gagne pèse. Je n’allais pas jouer les belles d’un soir. Vous croyez que les Verts pèsent plus parce qu’ils ont un candidat, vous croyez que le nouveau centre va peser plus parce qu’il va avoir un candidat ? » Les militants ont applaudi, déçus, tout de même. Toujours pas très convaincus.

Sur le trajet du retour, il insiste, conscient des rumeurs d’affaires qui ont entouré son retrait. « Tout ce que j’ai dit est à 100 % vrai. Seulement, voilà, l’obsession d’être candidat est telle dans notre pays que si un mec arrête, tout le monde est persuadé qu’il a les flics aux fesses. » Et lui, que fera- t- il après mai 2012? « Je n’exclus rien, je fais bien ce que je veux, je l’ai prouvé récemment, non ? En plus c’est gratuit, dans le sens où je ne demande rien en échange. »

 
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